Evaluer son exploitation : quelles valeurs pour l'entreprise agricole ?

Se lancer dans l'évaluation d'une entreprise agricole, très souvent sous la forme sociétaire, c'est regarder le passé mais aussi se tourner vers l'avenir dans un contexte économique, financier et environnemental de plus en plus changeant.

Dès que l'on parle d'évaluation d'entreprise, on pense immédiatement à sa valeur : combien ?.
Avant d'arriver au "combien", il convient d'aborder la notion de méthode : le "comment ?"

La valeur patrimoniale, qui consiste à actualiser chaque bien inscrit au bilan de l'entreprise est une approche indispensable mais nettement insuffisante car elle est loin d'intégrer tous les paramètres de l'entreprise d'aujourd'hui : Les contrats ? Les normes ? Les labels et plus globalement les résultats.
La valeur économique au sens de la capacité de l'entreprise à faire référence à l'EBE (Excédent Brut d'Exploitation) est de plus en plus usitée. Elle prend en compte des éléments que la méthode patrimoniale laisse de côté.
Elle intègre des données chiffrées issues de la comptabilité : l'EBE corrigé des effets particuliers de chaque année et sur une durée d'environ 5 exercices.

Valeur de remboursement

La valeur économique se transforme souvent en valeur de remboursement. En d'autres termes, elle permet aux parties (cédants et repreneurs) de réfléchir à la faisabilité de la transmission mais aussi à la reprenabilité de l'entreprise.
"Si je te cède mon entreprise pour une valeur globale de X euros, peux-tu obtenir un prêt bancaire pour la financer et vivre de ton futur métier ?"
Lorsque l'on pose la question, on introduit dans la valeur économique de l'entreprise, une notion de << futur >> de perspectives de rentabilité. En d'autres termes, quel sera l'EBE prévisionnel de mon entreprise qui me permet de dire qu'elle vaut X euros le jour de la signature et que demain, dans 1 an, dans 5 ans, je pourrai toujours rembourser le prêt de reprise au banquier et pouvoir prélever suffisamment ?
Avec cette approche, on se dirige vers un diagnostic prévisionnel de rentabilité qui permet de mettre l'entreprise dans le contexte de demain, incertain peut-être, mais c'est celui dans lequel il faudra s'adapter pour permettre l'équilibre économique et financier.

Quelle performance demain ?

Il devient donc important de se construire un premier repère de la valeur économique à partir d'un EBE corrigé historique pour se caler. De là, il convient de regarder l'EBE prévisionnel de l'exploitation à céder en revisitant ses performances dans un nouveau contexte de marchés, de politique agricole, de normes environnementales, de maintien ou d'évolution des contrats existants.
ll ne faut pas oublier le changement de "pilote dans l'avion", le chef d'entreprise influencera la formation du résultat prévisionnel.

Revisiter l'outil de production, la stabilité du foncier, les volumes à produire, les risques de variabilité des performances permet d'ajuster le potentiel économique de l'outil en devenir.
Une autre étape s'impose : regarder la fiscalité "latente", report DPI, DPA rattachée à l'entreprise pour en corriger les effets à venir sur les associés restants.

Connaître la valeur patrimoniale de l'entreprise ne suffit pas aujourd'hui pour approcher le prix de cession (le juste prix). Il faut la conjuguer avec la valeur économique historique (à partir de ce que l'entreprise a dégagé comme EBE) et la valeur économique prévisionnelle (ce que l'entreprise pourra dégager demain comme EBE). Ces trois valeurs pourront se combiner à souhait pour établir le prix définitif résultant de l'accord entre les parties.